Les mots, subitement, ont perdu leur valeur.
Hier encore expressifs, aujourd'hui dépassés,
Ils ne disent plus rien tant est grand le malheur
Dont le peuple arménien ce jour-là fut frappé.
C'était le dernier mois d'une maudite année
Dont déjà le deuxième s'appelait Soumgaït
Et dont tous les suivants, sceau de la destinée,
Prouvèrent que pour nous, justice n'est qu'un mythe.
Midi allait sonner. Quelques instants encor
Et des nuées d'enfants devaient s'éparpiller,
Encor quelques instants et allait sonner l'heure
Où tous les ateliers commencent à se vider.
Et juste à ce moment s'est détourné de nous,
Ce Dieu, au nom duquel, il y a deux mille ans,
Mon peuple le premier a plié le genou
Pour accepter sa foi, subir le yatagan.
Depuis, au fil des ans, subissant tour à tour
Le joug de ses voisins et maintes invasions,
Mon peuple écartelé et presque sans secours
A connu peu d'espoir et beaucoup d'illusions.
Notre siècle non plus ne fut pas sans périls,
Un million et demi d'Arméniens massacrés,
Autant, si ce nest plus condamnés à 1'exil
Loin de la Mère Patrie, loin de nos lieux sacrés.
Suffit Seigneur, suffit, suffit de nous aimer!
Nous n'avons d'autres bains que ceux de notre sang;
Après tant de malheurs, le doute va germer:
Nous serions-nous trompés, il y a deux mille ans?